Source du dehors

L’acte de crocheter

Mon désir de crocheter sur les éléments naturels naît de ma vision de dessins tissés sur un support paysage. De manière silencieuse, et sans interrompre le cycle naturel, mon installation soulève le tissus du paysage pour y introduire la lumière sous forme de nervures. Merleau-Ponty parle de « distendre les fils intentionnels qui nous relient au monde ». Comme d’une bobine dont nous tenons tous nos origines, cette proposition consiste à jouer avec ces fils, de les rendre danseurs du secret originel ainsi dévoilé. A la manière de l’agriculteur, je démaille la terre pour la réemmailler à mesure humaine, qui est une mesure silencieuse, celles du paysage et du travail des terres.
Tisser, c’est élargir l’air, créer du vide dans un paysage aux signes saturés, une nouvelle respiration dans le plein des choses. Une sorte d’enveloppe alvéolée, qui n’enferme pas mais dévoile la sensualité qui me relie au monde, et qui porte le fruit nourrissier.
Je vois les secrets d’ossement-nervures des dessins inavoués insufflés par le vent. Ce sont les veines de la terre qui circulent dans les airs.

« Le crochet, c’est la nature qui est grand mère avec ses vieux chiffons et ses robes vétustes son ancienneté fraîche et qui nous apprend le temps »

Victor Martinez